Data-danse

Venez découvrir notre nouvel outil numérique pédagogique outour de la danse Data-danse 
Data-danse est une plateforme numérique interactive créée pour guider le spectateur, de 8 à 99 ans, dans sa découverte de la danse. En libre accès sur internet, intuitive et ludique, Data-danse s’utilise de manière autonome ou accompagnée par un médiateur, un enseignant, un animateur, etc. De multiples informations concernant le monde de la danse y sont contenues (les lieux, le corps, les métiers, le vocabulaire, les repères). À partir des éléments récoltés, Data-danse conduit le spectateur dans le récit de sa propre expérience jusqu’à proposer l’édition d’une Une de journal.

Réalisée en partenariat entre : le Cuvier – CDC d’Aquitaine, le Gymnase - CDC de Roubaix, l’A-CDC, le Théâtre National de Chaillot, le Centre national de la danse, la Maison de la Danse de Lyon (Numeridanse.tv), la DRAC Nouvelle-Aquitaine avec le soutien du ministère de la Culture et de la Communication – délégation à la danse. 

Saison 16-17 au Cuvier

....C'est la rentrée au Cuvier....

 

Voici enfin notre programme de spectacles ainsi que notre journal Des publics en action en lien avec notre saison artistique 2016/2017.
Ces deux documents racontent notre désir de vous faire rencontrer la danse toujours et encore, ici et là-bas, afin de vous inciter à croiser l’inattendu, et de découvrir ce que les danseurs disent de l’état du monde. 
Ils témoignent également de notre engagement auprès des publics à déployer avec les artistes des imaginaires partagés afin d’identifier, de transmettre, ce qui fait l’essence de la danse contemporaine et son incroyable modernité. 
Parce que notre mission est de revendiquer le partage d’un art qui appartient au monde de la danse comme il vous appartient.

Bonne lecture et belle saison…

L’équipe du Cuvier

Le texte d’après #5 : Le Ballet de Lorraine

Le texte d’après #5 : Atelier d’écriture - 13 avril 2016 - Ballet de Lorraine

 

Comment déjouer les attentes du Ballet? Qu’est-ce que signifie aller voir un Ballet au 21e siècle? Quels stéréotypes avons-nous en tête? Ces questions ont occupé ce cinquième atelier autour de la soirée en trois temps du Ballet de Lorraine.

 

Ballet :

Technique, duo, perfection, unisson, rideau, musique, rythme, organisation, corps

 

Pas ballet :

Costume, interprétation, diversité, puissance, délicatesse, son de la voix, vidéo, déplacement, néon, aller/retour, désorganisation, pièces courtes, sol

 

Clap clap clap sur le sol froid, des jambes tendues tombent à l’unisson et viennent percuter le plateau. Un rythme presque comme du Flamenco mélangé aux danses traditionnelles nous entrainent au milieu de la foule.

Une belle envolée dans des univers opposés, le tout accompagné par la tonalité d’une respiration contrôlée.

 

Clara

 

"Ballet blanc / Blanc ballet". Un jour j'ai écrit un poème intitulé comme ça. A partir d'une installation vue au CAPC, du temps où dans l'E.N. on nous offrait encore des stages de formation continue de trois semaines : danse, poésie, peinture, théâtre,... que du bonheur !

Trois pièces courtes : un quatuor masculin (et viril), un duo féminin (et dénudé), un trio d'hommes en gris, comme un enchaînement de pièces contemporaines juxtaposées dans ce haut lieu de la danse contemporaine où processus et restitution sont rois.

Un ballet ? Peut-être. Des danseurs qui interprètent, certes. Une technique sans faille, absolument. Un répertoire exceptionnel, oui. Du néo-classique - au moins pour le duo, sûrement. Mais ce que l'on ne sait pas, nous, spectateurs non éclairés de la scène contemporaine, c'est qu'ils étaient douze derrière le rideau et qu'il y avait un répétiteur dans les coulisses. Vous avez dit "ballet" ?!

 

* Untitled partner (Petter Jacobsson)

         4 ; hommes ; noir

                  lumières ; projections ; captations

                          sol bruyant, violent, puissant

                                   sauts et arrêts sur images

                                            attirance et attraction

* Duo (William Forsythe)

         2 ; femmes ; noir

                  néo-classique à souhait

                          perfection des mouvements

                                   pointes de pieds tendues

                                            respirations explicites

                                                    aérien ; envol ; lyrisme ?

                                                             torsions et dégagés

                                                                      attitudes et arabesques

* The Fugue (Twyla Tharp)

         3 ; hommes ; gris

                  flamenco

                          ça virevolte

                                   ça tape

                                            ça claque

                                                     ça transpire

                                                             ça émet

                                                                      ! sobriété sophistiquée !

Nathalie

 

Untitled Partner #3

Boite Noire. Des corps projetés sur le mur du fond. Elan. Chute. Le son du corps sur le sol à peine touché. Défi des jeux de la gravité. Le corps s’élance presque à l’horizontal du sol, atterrit en douceur, roule, repart. Une vague qui se fige dans des figures géométriques à deux. L’un sous l’autre. L’un sur l’autre. A quatre pattes pendant que des bonhommes s’envolent sur les murs.

 

Duo

Sous le voile, la peau, les seins, petits. Sur le sol, les jambes s’élèvent par à coups . Comme une horloge. Le temps battu par les jambes, les bras, la respiration, s’égrène sur la musique, à côté de la musique, en contrepoint de la musique? Précision métronomique. Elle accompagne avec sa main la jambe qui s’élève. Les bras s’étirent vers le hau.

 

The fugue

Le coton de sa chemise colle à sa peau, en sueur. Ses pieds au sol rythme sa danse sur un sol amplifié. Lourdeur du saut- poids-son. Tout de suite dans un élan virevoltant. Elévation, plié, délié. Bach dans leur tête, pas dans la mienne. Le mouvement résonne, tourbillonnant. Trop lourd. La chemise colle à son dos, il salue.

 

 

Stéphanie

Atelier d’écriture – 09/03/16 –Ether - Carole Vergne

Pour cet atelier, nous avons lu, de la poésie (Michaux), de la littérature (Pérec), de la danse (Carolyn Carlson), puis nous avons mis en commun des mots, des textures, des couleurs, des mouvements. A partir de ce tableau collectif, nous y avons puisé la matière de nos textes.

 

Graphique / matière / paysage lunaire / substance / solitaire / ciel / nuage / aquarium / néon / effets magiques / merveilleux / musique

 

Personnage étrange, petit, perdu dans une boîte sans cadre. Il déambule avec son corps fluide, flexible, une jambe tendue et une démarche bizarre. Derrière lui, évolue un drôle de dessin sur une étrange matière, une espèce de cratère ou un trou…

Sommes-nous sur la lune ?

Après avoir traversé cette ambiance lunaire nous voilà dans les profondeurs de l’océan. Son corps est comme une substance floue qui évolue parmi des coraux fluorescents rouge ou bleu.

Spectateurs, nous observons cet aquarium à travers une vitre légère. Un petit microcosme se construit à l’intérieur, avec des sons, matières et lumières différentes.  Nous sommes surpris, émerveillés par tous ces effets magiques.

Un travail sur la matière transparait dans ce spectacle. Ce personnage sans nom, sans forme se trace un chemin à travers différentes substances. Il avance seul à la recherche d’un ailleurs.

 

Clara

 

Comme un univers onirique qui court lentement

Avant l'orage et après la pluie

Rouge absent dans le bleu évanescent

Ouvrir le dedans animal, les pieds crochus

Lovée au sol taché de blanc neigeux

Encore du gris graphiquement subtil.

Vers un ailleurs sans nom [...]

Elle danse. Mouvements visuels en spirale lunaire.

Rêverie techniquement parfaite

Grosse surprise d'une ombre qui la précède

Néant intelligent empli de bruissements

Emerveillement sombre de l'éther poétique.

 

 

Hippocampe virtuel

Dans "l'éther orageux" de Michaux (Henri), elle évolue lentement, cachée dans sa capuche sombre. Je ne vois pas le visage de Carole malgré le violet du néon. Je suis parfois obligée d'imaginer sa danse tellement le mouvement est imperceptible. Telle une subtile substance, elle s'enfonce merveilleusement dans le sol cinématographique. C'est puissant, ce "petit semblant de rien". C'est comme regarder le ciel depuis les abysses. La profondeur aquatique du liant ne laisse pas indifférent. Dans ce "lieu du morne" fluide, on assiste à une tranche de vie magique d'un personnage petit et indéfini, dans un paysage mouvementé en suspens.

 

Nathalie

 

Tout commence par un paysage étendu, comme élargissant les frontières scéniques. Cinématographique. S’y animent des dessins qui soudain prennent forme, bougent tournent sur eux même, gonflent et s’étirent. Comme un effet 3D sans lunettes. L’idée d’un volume en toute simplicité. Ces traits mouvants ouvrent une brèche. Une faille spatio-temporelle d’où surgit l’humain.

La voilà Ether. Être indéfini, minuscule, qui cherche sa place dans un territoire habité par une lumière-matière. Une texture grise comme un grain de poussière, un soir nuageux, un estuaire boueux. «Un éther orageux».

Ether erre. Son corps rampe. Sa danse s’étale, oscille, descend, déploie. Explore l’espace autour. Dans ce territoire sans nom, tour à tour urbain, lunaire, glaciaire, désert, Carole Vergne chemine solitaire mais pas seule. Partout d’autres présences irradient : la texture des lumières, l’organique du son, l’ombre portée d’une compagnon fugace, le graphisme des traits minutieux. Un tout partagé.

Et puis il y a nous. Nous, face à elle, nous tendus vers son corps dans une attention concentrée, une perception de l’imperceptible, nous, prêts à suivre Ether là où on ne sait pas. Là où l’on n’irait pas sans elle.

 

Stéphanie

Le texte d’après #3 : Soirée du festival des formes courtes 30’30

Le texte d’après #3 : Soirée du festival des formes courtes 30’30

«Des ailleurs sans lieu» de la Cie Sine qua non, «Inaugural» de la Tierce et «Duet for two dancers» de Tabea Martin

Pour rendre compte de la diversité des trois propositions de 30’30 et de la difficulté, parfois, de passer d’un univers à l’autre, nous nous lançons dans des jeux d’échanges de mots. L’écriture circule et s’éclate en mille morceaux. Voici nos échanges sous forme de cadavre exquis et de descriptions de nos états de spectateur, après chaque pièce. 

 

Cadavre exquis

Deux corps pourtant très différents mais respirent l’unisson.

Pourquoi des baskets?

La violoncelliste apporte son rire et son grincement, mais semble finalement spectatrice, posée là. Manque de souffle?

Trio, trio, duo jamais seul les danseuses vont et viennent sur le plateau.

Et puis il a crié : «Danse avec les stars!»

Tout est là, dans l’entrelacs de corps indifférenciés, une chaîne, un réseau continu, comme un seul oesophage, deux poumons, trois corps.

Est-ce que je suis un danseur quand je ne danse pas?

Ah! Le porté fesse-face-public à paillettes...

Un insecte géant et personnifié déambule sur la scène, il peine à respirer.

ça les reprend! Voilà qu’ils se font des câlins avec les pieds.

Paillettes, sueur et micro : le duo joue des codes et de la déconnade. Ah, ah, ah!

Une voix grave et intense englobe ce trio et les entraîne sur le droit chemin.

Les gestes rebondissent, s’accumulent refluent et reviennent comme la mer de l’homme dans la grotte, il y a 30 000 ans.

Des lignes droites, des formes géométriques qui s’approprient l’espace.

Une grosse bête en rût?

Ils s’accrochent à l’abstraction qui, par ricochets, m’arrive en terme sensible.

Avec ces costumes à paillettes ce duo nous emmène à Broadway.

Des chiens cocasses hyperventilent au non-rythme de l’antiperformance et du mouvement déjà-vu.

Immobilité rouge, déconstruction violette et verticalité bleue.

ll doute.

 

Etats de spectateurs

Des ailleurs sans lieu

Leurs corps à l’unisson, mu par un seul souffle. J’aurais voulu rester à cette subtilité du début. A force de cris, halètements, râles, ils me laissent à bout de souffle. Ecrasée par l’exercice de style.

Bon, ça n'a ni queue ni tête, ces bêtes canidées qui soufflent dans le noir. On n'entend pas la respiration du violoncelle. Un fou rire idiot.

Ambiance étrange, ces corps liés presque bestiaux me transportent dans les entrailles de la terre. Un univers triste et solitaire, je me sens comme salie par la terre rouge.

 

Inaugural

Tout est limpide, sensible. Pas besoin de sous-titres. Pas besoin de fil narratif. Je suis appelée par la voix de Marguerite D., transpercée par les regards, traversée par les mouvements de tête, aimantée par leurs mouvements.

"L'homme est venu seul dans la grotte face à l'océan." Les mots de Maguerite Duras, j'ai plus l'habitude de les lire, plutôt que de les entendre, comme dans "La mer écrite". Du bleu et du noir. Du rouge et du blanc. J'aime.

Vite, vite ranger le bar, faire tourner le lave vaisselle, échanger deux mots avec Lucie et me voilà en train de gravir les escaliers pour monter en régie. Sur la pointe des pieds bien sûr pour ne pas déranger car le spectacle a déjà commencé. J’arrive et je vois des poutres en bois, des lignes, des êtres qui évoluent dans l’espace. Malheureusement, je n’ai pas réussi à embarquer à temps pour ce voyage bleuté.

 

Duet for two dancers

Rires attendus. Gestes décryptables. Ce duo vient là pour m’amuser. Ils le font bien. Même pas besoin de traduction. Tout est compréhensible. Théâtral. A portée de cerveaux. Facile?

Ouah... J’ai ri, beaucoup ri, cela faisait longtemps. Je me sens pleine d’énergie alors que je suis épuisée de ma journée. Cela a du bon quand même de pouvoir s’imprégner de ce que dégage l’artiste !

"I'm not a dancer. [But I am.] Just dancing for living." Mais non ! Pas danser pour vivre : danser c'est vivre ! Ô joie ! Pas de doute, Coco, t'as le look !

Le Texte d'après#2... une saison retournée !

Le Texte d'après #2... Rising d'Aakash Odedra

Voici les textes produits par des spectatrices de Rising - Aakash Odedra, lors des ateliers d'écriture menés par la journaliste Stéphanie Pichon. Très bonne lecture et rendez-vous à la prochaine session le 9 mars à 19h00 au Cuvier CDC, après avoir vu le spectacle Ether de Carole Vergne, chorégraphe régionale - le 1er ou 2 mars 2016 à 20h30 au Cuvier. 

 

Constellation

Voyage au bout de la nuit. Douce entrée dans un monde inconnue. Une marche légère nous entraine sur un chemin singulier.

Pas à pas la lumière apparaît, se crée. Grâce à ces étoiles circulaires le danseur s’éclaire enfin.

Moment poétique et hors du temps où cette musique résonne comme infini.

Aakash nous embarque avec lui dans un voyage lunaire où notre corps se rapproche un peu plus de l’espace.

Comme le petit Prince il nous fait traverser le temps à la découverte des merveilles d’un monde à part jusqu’alors inconnu.

Clara

 

A la poursuite des pieds

Je ne devrais avoir d’yeux que pour ses bras véloces et ses mains agiles qui accompagnent tout moment. Mais je suis fascinée par ses pieds qui dépassent de son pantalon blanc. Ancrés dans le sol, ils affirment sa présence, le tenant parmi nous. Sans que rien ne trahissent l’effort ni la concentration, ils frappent le sol à un rythme effréné. C’est une musique autant qu’une danse, une liaison entre la terre et le haut de son corps. C’est une caresse et un impact. Une élégance et un puissance. Ils indiquent le chemin des diagonales endiablées, des sauts et des virevoltes. Puis le CRI retentit. Dans l’ombre ce sont les omoplates qui parlent. Les dos, les mains, les bras. L’ombre de l’homme se veut claudiquante. Finis, l’envol, la délicatesse, l’élan. La danse devient animale. Son pied n’est pas dissocié de la jambe qui se tend, se traîne. Il suit, inerte. Les bras virevoltent quand tout le bas du corps claudique. Dans la pénombre plus rien ne nous parvient de ses orteils rythmiques. Puis CUT. Russel Mulliphant préfère ses mains. Je perds mes repères, un ancrage. Je ne distingue plus ses bras et le haut de son corps dans la couche lumineuse à trois bandes. Sans pieds. Déraciné? Incompris? La rythmique palmée laisse place à des basses assourdissantes. Le corps est découpé, tranché, dissocié. Un pantin. Je perds pieds. Les siens, les miens. Puis LUMIERES. Le corps retrouve sa place dans l’univers. Entier. Complet. Epanoui. Le mouvement nous parvient par des ampoules animées, laissées à la loi de la pesanteur et du balancement. Les mains s’activent. Odedra circule avec douceur. Ses pieds reviennent, quittent la constellation pour vibrer et nous rappeler la vie. En devant de scène la palpitation m’atteint. Je re-vis.

Stéphanie

 

L'homme debout

De dos en blanc. Clacs aériens. Staccato fuyant vers le chaos. L'Inde contemporaine à l'honneur. Yin-Yang vertébré. Plante des pieds en béton. Réveil actif !

Crépuscule ou anti-rising

Boule de feu fondu enchaîné. L'ombre d'un homme-animal blessé à la tombée de la nuit. Un dos houleux, un sol bourbeux. Le cri de l'art à l'état pur déchire l'espace ocre. Des omoplates bavardes qui te regardent. Des coudes électroniques désireux d'un refuge, même éphémère. Faire bouger les lignes. Ce hip-hop invertébré m'évoque la préhistoire de la danse. Seul dans la nuit zébrée de Nova Sauvagine il effectue une performance solitaire. Un Happening désespéré. Sublime émotion du cygne noir. Symphonie meurtrie d'un soleil mort. Du plus profond de lui il ne sourit pas. Je suis en haleine.

Saturday night fever

Rideau de fumée et jeux de mains. Aplanir l'espace et l'éduquer. Habemus Papam. Chemin strié vers le dedans. Bataille rangée. Crescendo spiralaire. Kalachnikov et cônes électroniques. Hélicoptère fou et colère décuplée.

After et p'tit déj

Indiscipline de la lumière qui danse. Espace poétique, scène élastique. Envolée lyrique, air liquide. Neurones-miroirs en action. Silence troublé. Cercle magique et coeur magmatique. Symphonie mystique. Extase.

Nathalie

 

Si vous êtes intéressés à suivre les prochains ateliers, merci de vous inscrire auprès de Clara Jacquin 
au 05 57 54 10 40 ou sur servicecivique@lecuvier-artigues.com

Atelier Le texte d'après - "Primitifs" de Michel Schweizer

Atelier "Le texte d’Après" - Primitifs de Michel Schweizer

21 octobre 2015. Et nous voilà attelés pour la première fois à partager nos pensées, sensations, quelques jours après la première de Primitifs de Michel Schweizer. Les langues se délient, les crayons griffonnent sur la grande table de bois de l’atelier d’arts plastiques du Cuvier. Avis tranchés, opposés, mais plaisir d’aller au-delà de nos premières impressions.

"Des corps

Des corps langagiers

Des corps figés

Des corps mécaniques

Des corps supposés

Des corps impatients

Des corps sacrés

Des corps échauffés

Des corps normaux

Des corps naïfs

Des corps suspendus

Des corps liants

Des corps connaisseurs

Des corps professionnels

Des corps masculins

Où est la danse?

Dans les flots de mots échangés

Dans le désir d'humanité

Dans les déplacements

Dans les espaces silencieux

Dans les chants détonnants

Dans l'impromptu

Aux extrêmes

La danse, expression du vivant qui résiste".

Camille Grézillier

 

"Un jeune homme, cheveu châtain clair, presque blond, plutôt mignon. Je le qualifierais même de « bien propre sur lui ».

Il parle, il parle, il parle d’une voix monotone, en continue, sans s’arrêter.

Je n’écoute plus ce qu’il dit, c’est trop, c’est plein de mots inutiles, je m’ennuis presque mais pourtant j’attends quelque chose, un mouvement, une action, je ne sais pas de la danse peut-être ?

Et soudain, il se tait enfin.

Une musique assourdissante se fait entendre, une lumière saccadée, aveuglante s’empare du plateau. Il se met à bouger, à sauter, il remue tout son corps.

C’est presque « too much » mais ça me fait me sentir vivante".

Clara Jacquin

 

 

"L’orteil se rétracte

L’orteil de l’homme à capuche

De dos

Sa marche lente ouvre une étreinte.

Il déploie la jambe. Devant.

Par terre, le blanc.

Le bras, noir, s’élève.

Doigts crispés vers l’intérieur. On dirait une griffe.

Il s’avance vers la planète éclatante de couleurs. De messages. De slogans.

C’est le corps contre l’image.

C’est l’homme minuscule face à l’humanité.

C’est lui, le primitif. Le premier. L’origine.

Droit devant, sa déliquescence l’attend.

Des tremblements secouent sa silhouette noire. Electrifiée. Le son partout.

«Partout, tout le temps, que vous le vouliez ou non».

Le veut-il" ?

Stéphanie Pichon

 

"Seul sur Terre. La planète à proximité. Un point rouge. De dos en noir. Sol diaphane. Espace bleu. Silence dispersé. Diaspora mouvementée. Ombre électrovisuelle. Découverte du monde corporel. See the world through a child's eyes. Flash fragmenté. Crescendo lunaire. Profil décalé. Poing levé. […] Made for pleasure.

Superposition temporelle. Eblouissement du Big-Bang. Partout, tout le temps, que vous le vouliez ou non. A whole new world for your business. Michel et les individus de bonne humeur. Chantonner sur le futur des générations à venir. Empreinte carbone. L'avenir s'invente. Ici. De la base au sommet. Verticalité poétique. Déconstruction du message transmis. Blacklisted et blanc d'œuf.

Il colle. Décolle. Recolle. Encolle. Des affiches, des slogans, des couleurs, des gens. Des arbres, la Terre. A sa gauche - il est de dos, forcément - une maquette. Des pieds de glace. L'autre époussète, nettoie, astique le temps qui passe et la constellation du cygne. Des pyramides. Des "Louvre", avec des ascenseurs dedans. Et puis tu montes : 232 étages. C'est pas haut. D'ailleurs là-haut c'est moins radioactif : la cité radieuse active veille sur le bonheur de l'humain. Une histoire d'écologie et d'invention, d'"écovention". Le globe est enfoui, ton œil prend un bain. It's the final countdown.

Et en fait,

Une communauté sédentaire. Un projet atypique d'exception. So nice, du son. On fait fausse route. Des sismographes sensoriels. Des gens partout mais mon ami a disparu. Quelqu'un pourrait m'aider à ne pas rester là ? Un duo interculturel et intergénérationnel pour célébrer une catastrophe souterraine. Tu te sens vivant, là ?! C'est une analogie, un leadership d'experts. Le risque zéro n'existe pas.

Enfin, l'artiste est naturellement autonome. Les éclaireurs du temps font un brainstorming au sujet de l'universalité de la lumière. L'art participerait à la dissimulation des choses. Quid de la responsabilité de l'artiste face au monde ? Le miroir est une utopie, ou mieux, une hétérotopie. Design, création et communication prouvent la détérioration du réel. Une réflexion figée, de la compassion politique, des accolades médiatiques, …, embarras écologique, malaise fiscal et cri financier. "Parrainez un arbre", dit Bouygues".

Nathalie Renault

 

"Je n’aime pas que l’on m’indique quoi penser. Jusqu’où peut aller le masochisme du spectateur qui accepte de se faire maltraiter, particulièrement au nom de l’art contemporain ?

Le premier moment de danse (mis à part mes yeux attaqués par les flashes et mes oreilles par une musique trop forte) était plutôt intéressant …

Ce danseur en sweat à capuche, de dos, sombre, avec ses doigts crispés, qui s’avançait vers une terre ronde et colorée …

Mais bon, ensuite : les postures arrogantes des plus vieux, les gestes maladroits chez les plus jeunes, les rires du public incompréhensibles pour moi.

L’ennui qui s’installe, avec l’envie de bouger mon corps. L’inconfort de mon corps qui s’ennuie. Pourquoi, comment, assise là sur cette chaise ? D’habitude je suis prise par la danse, je danse avec eux sur scène, là, il y a une barrière. Rien de commun entre moi, spectatrice ennuyée et cet homme à l’air provoquant et parfois dérisoire. Est-ce qu’il danse ? Sa posture corporelle ne l’évoque pas

Pas une femme sur scène.

Au bord

Il est au bord - de quoi ? Jambes gainées dans un pantalon foncé, cuir ? vinyle ?

Un pied en avant de l’autre, offensif, visage assez ravagé, cheveux un peu clairsemés, il va entrer sur scène, il va quitter le bord ?

Il va se retourner vers le public et nous dire quelque chose et je vais lui dire que je m’ennuie et que je ne suis pas la seule, à gauche et à droite aussi.

Il est au bord de quoi ? Au bord d’être un grand ? Au bord du monde des chorégraphes « reconnus » ? Au bord des larmes ? De ses larmes à lui ?

Oh le pauvre ! - je pense .

Je voudrais l’attraper et le faire basculer d’un côté ou de l’autre de ce bord-là qui a l’air si intolérable pour lui aussi.

Il est au bord de danser, de mettre en jeu son corps à lui. Quel corps ? Primitif ?

Et moi, spectatrice, il croit que je suis de quel bord" ?

Françoise Jacques